Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 12:05

motsL’auteur commence par ses origines : l’histoire de son grand-père maternel qui fut professeur d’allemand, de sa grand-mère définie comme la "négation pure" puis de ses parents, leur mariage de raison, le décès de son père peu après sa naissance. Le petit Jean-Paul grandit choyé par sa mère, adoré par son grand-père. Très vite, il est attiré par sa grande bibliothèque qui lui offre un espace d’évasion, mais il ne sait pas encore lire.

«Lire » est justement l’intitulé de la première partie de cette autobiographie qui peut vouloir dire pour son auteur « liberté ». Les livres sont ses seuls camarades. Alors âgé de 8 ou 9 ans il lit Corneille, Musset, Chateaubriand, Flaubert, Balzac. Jusqu’à ce que sa mère décide de lui faire lire des ouvrages plus de son âge. Il s’identifie aux héros des romans de cape et d’épée, s’invente ses propres aventures.

Dans un environnement familial qu’il trouve apparent, il joue le rôle du bon petit garçon et s’en accommode.

Lire, c’est l’histoire de l’enfant seul, un peu chétif pour l’époque qui ne sait pas se faire de copains.

Ecrire, voilà à quoi il se prédestine. Il commence par des correspondances avec son grand-père. Grâce à l’écriture, il se sent exister. Lorsqu’il a 10 ans, on décide pour lui qu’il sera écrivain alors que paradoxalement il ne brille pas en français à l’école. Se posera alors la question de savoir s’il aime écrire.

L’homme de cinquante ans qui parle, avec amertume de son enfance isolée, ce « petit garçon mort », le désamour qu’il a de lui-même sait qu’il écrit avant tout pour lui-même, par besoin.

 

Ce que j’en ai pensé :

 

C’est mon premier Sartre. Il fallait bien commencer. Une lecture longue, faite en pointillé dans les transports en commun, parfois chez moi. J’ai moyennement accroché même si comme à chaque livre j’ai le sentiment d’apprendre quelque chose. C’est un récit un peu lugubre où flotte notamment le thème de la mort peut-être parce que l’auteur est orphelin de père. Est aussi évoqué celui de la religion : il va au catéchisme parce qu’il faut y aller, mais pas par grande conviction religieuse puisque personne ne semble y croire autour de lui. Personnellement j’ai trouvé pas mal de similitudes avec ce côté apparent que peut développer une famille où chacun joue un rôle bien défini. Et je ne parle pas de la religion… Quelques passages où l’auteur est très littéraire m’ont un peu échappé par moments. Enfin, il n’évoque qu’une toute petite partie de sa vie, son enfance jusqu’à l’âge de 10 ans. Mais elle semble très importante puisqu’elle semble déterminer son avenir : tout découle de là. L’auteur tente peut-être d’expliquer le pourquoi du comment. Je dirai que c’est une autobiographie « partielle ». Alors, avant d’en attaquer d’autres du même auteur, histoire d'en savoir un peu plus (qui à mon avis ne seront pas plus gais), je vais, je l’espère, m’atteler à une prochaine lecture plus légère.

 

 

Extraits :

 

& J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’octobre.

 

& C’est dans les livres que j’ai rencontré l’univers : assimilé, classé, étiqueté, pensé, redoutable encore ; et j’ai confondu le désordre de mes expériences livresques avec le cours hasardeux des événements réels. De là vint cet idéalisme dont j’ai mis trente ans à me défaire.

 

& Je vécus dans le malaise : au moment où leurs cérémonies me persuadaient que rien n’existe jamais sans raison et que chacun, du plus grand au plus petit, a sa place marquée dans l’Univers, ma raison d’être, à moi, se dérobait, je découvrais tout à coup que je comptais pour du beurre et j’avais honte de me présenter insolite dans ce monde en ordre.

 

 

 

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Par Ilse - Publié dans : Vie à Lire moderne - Communauté : Interlignes
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 21:08

faux-fuyantsUn beau jour de juin 1940, Bruno Delors, Diane Lessing, Loïc Lhermitte et Luce Ader, issus de la bourgeoisie parisienne, fuient la capitale occupée, à bord d’une Chenard et Walker en direction de Lisbonne, où les attend le mari de Luce. En pleine Beauce, ils se font attaquer à plusieurs reprises par des rafales de Stukas allemands. Leur chauffeur Jean est tué. Ils rencontrent Maurice, un agriculteur du coin qui se fait également blesser. Grâce à lui, le petit groupe trouve refuge dans une ferme tenue par la mère du bel homme, Arlette.

C’est une confrontation entre deux mondes qui ne se passe pas si mal, tous s’adaptent à cette vie nouvelle mais provisoire, sauf Bruno qui finit par quitter le domaine pour essayer de trouver un véhicule et quitter définitivement cet endroit.

Diane se prend presque d’amitié pour Arlette et réciproquement, Loïc, ancien membre du Quai d’Orsay et homosexuel notoire se découvre un tempérament d’un calme qu’il ignorait, quant à Luce, elle semble avoir trouvé en la personne de Maurice l’amant idéal.

Mais toute bonne chose a une fin puisque Meningou leur a trouvé une Delage 1927, qu’ils emprunteront pour rejoindre les Champs Elysées à Paris, en toute discrétion.

 

Ce que j’en ai pensé :

 

C’était difficile de ne pas rigoler durant cette lecture qui n’en finit pas de situations et dialogues cocasses. Françoise Sagan a dû beaucoup s’amuser tout en gardant une distance avec ses personnages. L’auteure a un vrai sens du comique, des quiproquos, des petites œillades en coin, il y a un côté très théâtral. Tout semble exagéré : la dure vie à la campagne, l’idiot du village, les bourgeois collet-montés, mais ils sont sympathiques : pas de mesquinerie, de vulgarité dans les pensées de nos protagonistes. L’action se passe dans un lieu bien précis, presque un huis-clos qui semble en dehors du temps : on n’a plus vraiment conscience qu’une guerre a lieu, que la France est sous l’occupation allemande. Je me suis donc laissée emporter par cette légèreté, c’est vrai, tout en appréciant plus que les autres le personnage de Loïc.

 

AVT Francoise-Sagan 4324Sur l’auteur : De son vrai nom Françoise Quoirez, Françoise Sagan est née le 21 juin 1935 à Cajarc, dans le Lot. Jusqu’à l’âge de cinq ans, elle habite avec ses parents boulevard Malesherbes, à Paris. Réfugiés à Lyon en 1940, ses parents louent jusqu’à la fin de la guerre une maison à Saint-Marcellin, dans le Vercors. En 1945, ils regagnent Paris. Après un bref passage au couvent des Oiseaux, puis au cours Hattemer, Françoise est reçue au baccalauréat en 1951 et s’inscrit à la Sorbonne l’année suivante. En 1954, elle publie son premier roman, Bonjour tristesse qui obtient le prix des critiques et la rend célèbre du jour au lendemain ; cette œuvre – comme d’autres romans de Sagan – sera portée à l’écran en 1957 par Otto Preminger. Françoise Sagan  va se consacrer désormais à la littérature.

Amateur de voitures de « sport », elle a un grave accident automobile en 1957 ; l’année suivante, elle épouse l’éditeur Guy Schoeller (dont elle divorcera en 1960), et achète la maison d’Equemanville en Normandie. En 1962, l’écrivain se remarie avec Robert Westhoff dont elle aura un fils, Denir. Elle divorcera en 1972.

L’œuvre de Sagan aborde plusieurs genres. Romancière, elle est l’auteur de Bonjour tristesse, Un certain sourire, Dans un mois dans un an, Aimez-vous  Brahms…, Les Merveilleux Nuages, La Chamade, Un peu de soleil dans l’eau froide, Des bleus à l’âme, Le Garde du cœur, Un profil perdu, Le lit défait, Le Chien couchant, La Femme fardée, Un orage immobile, De guerre lasse, Un sang d’aquarelle, La laisse. Elle s’est exercée à l’art de la nouvelle (Des yeux de soie, Musiques de scène), a écrit des essais (Brigitte Bardot, Réponses) et a crée pour le cinéma : après avoir été en 1963, l’auteur, avec Claude Chabrol du film Landru pour la télévision, elle réalise en 1974, un court-métrage, Encore un hiver (Grand Prix du court-métrage du festival au New York) et tourne un film en 1975, Les Fougères bleues.

Parallèlement, Françoise Sagan a poursuivi une importante carrière d’auteur dramatique avec : Château en Suède, Des violons parfois, La Robe mauve de Valentine, Bonheur impair et passe, Le Cheval évanoui, L’Echarde, Un piano dans l’herbe, Il fait beau jour et nuit. Elle est également l’auteur d’une biographie très personnelle, Sarah Bernhardt, le rire incassable.

Françoise Sagan a évoqué sa vie et ses rencontres dans Avec mon meilleur souvenir. Elle a obtenu en 1985, le Grand Prix Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre.

 

 

Extraits :

 

& Le visage rouge foncé et gonflé de Bruno faisait peur et gênait : cette laideur subite non seulement le transformait mais le dépersonnalisait, le déshumanisait presque. Il s’appuyait tellement sur son physique dans la vie, il marchait tellement derrière son visage, qu’il semblait d’un coup sans origine, sans passé et, pire, sans avenir…

 

& "Le "j", par exemple, vous poserait des problèmes difficiles. Vous vous imaginez, mon pauvre Bruno... vous vous imaginez disant à votre maîtresse au moment... important... "As-tu 'oui ? As-tu 'oui ? Moi 'ai tellement 'oui ! Et toi ma 'olie, as-tu 'oui ?" Vous feriez un tabac peut-être, sait-on jamais ?

 

& Ce coucher de soleil, la veille, qui l’avait laissé si apaisé, si près du bonheur, n’était une fois de plus qu’une de ces stupides et cruelles impages d’Epinal feuilletées plus jeune mais ignorées depuis longtemps… une de ces images d’Epinal dont il obstruait lui-même, parfois délibérément, avec masochisme, la longue-vue si claire et si honnête, à peine amère, de sa lucidité habituelle.

 

 

 

¨¨¨¨¨

 

 

 

 


Refrain:

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien

Qui ça ?
Nini-Peau-d’chien,

Où ça ?
À la bastille


Elle a la peau douce,
Aux taches de son,
À l’odeur de rousse
Qui donne un frisson,
Et de sa prunelle,
Aux tons vert-de-gris,
L’amour étincelle
Dans ses yeux d'souris.


{Refrain}

Quand le soleil brille
Dans ses cheveux roux,
L’génie d’la Bastille
Lui fait les yeux doux,
Et quand à s’promène,
Du bout d’l’Arsenal
Tout l’quartier s’amène
Au coin du Canal.


{Refrain}

Mais celui qu'elle aime,
Qu'elle a dans la peau,
C'est Bibi-la-Crème,
Parc' qu'il est costaud,
Parc' que c'est un homme
Qui n'a pas l'foie blanc,
Aussi faut voir comme
Nini l'a dans l' sang !

 

Par Ilse - Publié dans : Vie à Lire Sagan - Communauté : A nous les livres!
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