L'Origine de la violence - Fabrice Humbert

Publié le par Ilse

mes lectures violenceFabrice Humbert est professeur de littérature dans le lycée franco-allemand de Buc. Lors d’un voyage avec ses élèves à Weimar, il visite entre autres le camp de concentration de Buchenwald ainsi que le musée qui lui est dédié.

Une des photos du musée retient son attention : à côté du médecin du camp, Erich Wagner, se trouve un prisonnier qui ressemble énormément à son père. Ca le perturbe à tel point, qu’il y retourne le lendemain.

De retour en France, il décide d’enquêter sur ce prisonnier et va découvrir très vite qu’il n’est autre que son véritable grand-père. Au cours de ses recherches, il apprend qu’une autre personne a fait la même démarche une vingtaine ou trentaine d’années avant lui.

Subrepticement, il va aborder la question avec son père qui lui réserve un accueil glacial.

 

La deuxième partie du livre aborde un autre type de violence, beaucoup plus actuelle à savoir celle des écoles : quelques gamins qui choisissent une victime et « s’amusent » à la maltraiter pour soi-disant lui apprendre les choses de la vie (conf. Extrait n°2). Puis, l’auteur se rend, toujours en voyage scolaire, à Berlin. Après un entretien avec une belle bibliothécaire, petite-fille d’un ancien officier SS, il décide de s’y installer ce qui va lui permettre de poursuivre ses recherches. Son grand-père « officiel », Marcel Fabre, est mourant et lors d’une visite il lui confie qu’il souhaite que ce soit lui qui devienne  l’héritier moral de la famille Fabre. Lourd héritage.

 

Ce que j’en ai pensé : C’est d’abord la couverture du livre, la moitié du visage d’un petit garçon au premier plan et des barbelés au second plan, qui m’a attirée (j’ai le livre de poche). Et puis, en lisant le résumé au dos, je me suis dis « il faut que je lise ça ». Je n’ai pas été déçue.

C’est une histoire incroyable, mais vraie, comme si une force invisible avait guidé l’auteur vers son passé : est-ce un hasard qu’il se rende à Weimar, s’arrête précisément sur cette photo dans le musée de Buchenwald ? Et l’extraordinaire arrive, il reconnaît son propre grand-père, le « génétique ».

Très vite, je suis son enquête et lis péniblement les quelques détails de la vie de David Wagner au camp de concentration. Serge Kolb, son dernier ami, est encore en vie et va fournir de précieuses informations à son sujet. Parallèlement à cette histoire, qui va faire partie de la réalité de la vie de l’auteur, celui-ci va trouver des réponses sur l’origine de sa propre violence enfouie, ses cauchemars d’enfant, ses angoisses.

 

J’ai trouvé ce livre très enrichissant tant sur plan de la recherche sur sa propre violence, celle de la société dans laquelle on vit, que l’analyse des évènements et comportements durant la seconde guerre mondiale en Allemagne. Je pense aussi que F. Humbert a eu de la chance, parce qu’il a trouvé tous les détails des derniers moments de la vie de cet homme qui restera de toute manière un étranger pour lui. Ce qui m’a aussi étonnée c’est qu’il ne montre aucune rancœur du fait que s’il n’était pas tombé sur cette photo, il n’aurait peut-être jamais rien su de l’existence de ce grand-père, ou peut-être n’a-t’il pas souhaité en parler sous cette forme. Etonnant quand son propre père lui dit que « ça ne le regarde pas » ! Mais je suis aussi en admiration devant ce père qui encore très jeune retrouve l’assassin de David Wagner et affronte le bourreau en tête à tête. Bref, c’est un livre qui secoue, mais qui fait grandir. 

Personnellement, j’ai envie de poursuivre sur le sujet en lisant : Histoire d’un allemand de Sebastian Haffner.



 

 

Quelques infos sur l’auteur : et (oui je suis paresseuse là…)

 

 



Extraits :

 

& Je n’ai jamais vu un film où des déportés rient. Tout y est gris et sombre. Pourtant, j’ai ri à Buchenwald, j’ai ri en discutant aux latrines, oui, j’ai ri en chiant, pour parler net. J’ai aussi entendu le dimanche des conférences de professeurs ou d’amateurs de littérature. J’ai lu des ouvrages philosophiques au camp. Et c’est cela que je ne parviens pas à transmettre à mes enfants : ce fond d’horreur absolue combiné à  la banalité, qui montre qu’on peut chier et discuter littérature en mourant.

 

& Le pire est qu’ils ne lui voulaient sans doute pas vraiment de mal, en effet. Ils s’amusaient. Ils s’amusaient à le lancer du haut de l’escalier, ou bien ils le plaçaient derrière une porte sur laquelle ils se précipitaient. On ne sait pourquoi, une table de ping-pong était devenue leur lieu favori : ils y attachaient leur victime sur laquelle ils se livraient à des jeux tous plus drôles les uns que les autres, comme se jeter sur elle, jouer au ping-pong avec sa tête, en lui donnant des coups de raquette.

 

& - Connais-tu David Wagner ?

Sans doute n’aurais-je pas dû poser cette question parce que je ne pense pas que toutes les vérités soient bonnes à dire. En outre, il y a un temps pour tout. Clairement, ce n’était pas le moment. Alors disons que ce n’était pas la bonne personne.

- C’est le jour du jugement ? répondit mon grand-père d’un ton ironique et froid.

 

 

 

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Gros Coup de coeur lecture

Publié dans Vie à Lire moderne

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CAL 28/03/2017 11:20

est-ce que c'est une histoire vraie ?

My little discoveries 04/03/2011 09:25



Waouh, ça a l'air poignant! C'est une lecture qui m'intéresserait mais peut-être pas en ce moment... Bonne journée!



Ilse 04/03/2011 11:12



Merci m'dame ! Très bonne journée à toi.



Le Journal de Chrys 03/03/2011 14:24



Merci pour cette critique très détaillée!!!!!


Un sujet difficile et inépuisable..


Violence personnelle, violence vécue, violence subie, violence agie, violence sociale...