La servante écarlate_Margaret Atwood

Publié le par Ilse

servanteElle a changé de vie, radicalement. Aujourd’hui elle est vêtue de rouge et voilée. Elle a changé de nom, n’a plus de famille, est accompagnée d’une autre servante dès qu’elle sort et doit éviter de montrer son visage aux hommes qu’elle pourrait croiser.

 

Elle est dans la catégorie des reproductrices, mais ne tombe malheureusement pas enceinte. Elle se méfie des Marthas, de la femme du Commandant, de son accompagnatrice, des Tantes, bref, de tout le monde.

 

Ce n’est que la nuit lorsqu’elle est enfin seule dans sa chambre que des souvenirs lui reviennent parfois en mémoire : des livres brûlés, des magazines féminins, la fuite devant un poste de garde, son licenciement.

 

Ce monde aseptisé, conforme, organisé au millimètre est parfois ponctué par des arrestations qui peuvent finir entre-autres par des pendaisons en public. Des gens disparaissent. Autrement dit, il n’y a pas intérêt à enfreindre les règles.

 

 

Ce que j’en ai pensé : Le contexte historique, futuriste et sordide de l’histoire, où quoi que l’on fasse, on fait « mal », me font penser à 1984 de George Orwell, en version « féminisée ». Les femmes sont au pouvoir mais dans un lieu bien particulier dirait-on, comme dans une secte. Est-ce une dénonciation des dangers d’un féminisme trop poussé ? Ou la violence faite aux femmes par des femmes ?

Je pense que l’auteure touche à des points sensibles, aux déviances que nos sociétés démocratiques ou non peuvent connaître : notre capacité à nous résigner mais aussi à nous rebeller en risquant la mort. La disparition des sentiments, de la connaissance, de la culture, du goût à la vie alors que paradoxalement l’objectif du système quasi carcéral que nous décrit l’auteur est de poursuive le développement de cette nouvelle espèce humaine.

Bref, une histoire qui se lit d’un trait et qui peut mettre mal à l’aise face aux similitudes de la condition féminine dans notre société comme dans les régimes les plus durs de la planète.

 

margaret-atwoodSur l’auteur : D’origine canadienne, Margaret Atwood est née en 1939 à Ottawa. Elle commence à écrire à l’âge de 16 ans et reçoit en 1961 la médaille E. J. Pratt pour son recueil de poème Double Persephone. Après des études notamment à l’université féminine Radcliffe College, elle poursuit une carrière d’enseignante dans diverses universités aux Etats-Unis et au Canada.

La servante écarlate, publié en 1987 obtient le prix Arthur C. Clarke.

D’autres avis chez : http://clubdeslectrices.wordpress.com/2012/03/25/un-dimanche-avec-la-servante-ecarlate/

 

 

Extraits :

 

& La nuit m’appartient, c’est mon temps à moi, je peux en faire ce que je veux, pourvu que je reste tranquille. Pourvu que je ne bouge pas. Pourvu que je reste couchée immobile. La différence entre coucher et se coucher. Se coucher est toujours pronominal.

 

& Le Commandant marque une pause, les yeux baissés, à examiner la page. Il prend son temps comme inconscient de notre présence. Il est comme un homme qui chipote son steak, derrière une vitre de restaurant, et qui fait semblant de ne pas voir les yeux  qui l’observent, dans la nuit affamée, à moins d’un mètre de son coude. Nous nous penchons un peu vers lui, limaille de fer attirée vers son aimant.

 

& Ô Dieu, efface-moi ! Rends-moi féconde. Mortifie ma chair, pour que je me multiplie. Fais que je me réalise…

Certaines se laissaient emporter par cela. L’extase de la mortification. Quelques-unes gémissaient et pleuraient.

Il n’y a pas lieu de vous donner en spectacle, Janine, disait Tante Lydia.

 

 

 

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Publié dans Vie à Lire moderne

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Delphine 15/04/2012 19:12


Contente que tu te sois lancée dans cette lecture ! Et j'aime beaucoup ton analyse !

Ilse 15/04/2012 20:54



Merci Delphine! Vos débats de la dernière fois m'ont donné envie de lire ce livre et Margaret Atwood semble très portée sur la condition féminine, c'est intéressant.



George 15/04/2012 15:46


J'aime beaucoup ta réflexion sur la déviance du féminisme, c'est une réflexion que nous n'avions pas soulevé lors de notre rencontre, et je trouve que c'est une vision assez juste.

Ilse 15/04/2012 20:51



Salut Anne-Claire,


bon, j'aurai apporté ma petite touche à moi alors ... J'en suis ravie !