Le garçon qui voulait dormir_Aharon Appelfeld

Publié le par Ilse

Livre garconFuyant la guerre, un groupe de réfugiés parcourt l’Europe traînant avec lui Erwin, adolescent de 16 ans constamment endormi, jusqu’à Naples où il monte un camp. Peu à peu le jeune homme sort de son anémie. Seul au monde, il croit reconnaître un oncle, une tante parmi ses accompagnateurs. Ses parents, sa maison lui manquent énormément. Durant ses longues heures de sommeil il les retrouve et discute avec eux sur ce qu’il fait.

 

Un jour, un membre de la Haganah, Efraïm, apparaît sur la plage. Il décide de prendre en main le destin des jeunes hommes du camp en leur proposant un entrainement physique intensif tout en apprenant l’hébreu. Dans son groupe, Erwin se lie d’amitié avec Marc, grand introverti ainsi que Robert qui est tout l’inverse. La tension monte avec les autres réfugiés qui voient d’un mauvais œil cette volonté de vouloir transformer ces jeunes gens qui se laissent finalement manipuler.

 

Mais, l'heure du départ pour la Palestine a sonné. Après un voyage éprouvant de trois jours, ils sont débarqués par les marins britanniques dans un camp à Atlit. Après une dispute avec d’autres réfugiés ils vont jusqu’à Misgav Yitzhak en Judée. On leur suggère de changer de nom pour être en phase avec leur nouvelle judéité. Le jeune Marc se suicide.

 

Leur premier combat contre l’armée allemande aboutit à un échec.  Plusieurs membres de la communauté sont blessés dont Erwin. Les opérations pour lui se succèdent, il ne sait pas s’il remarchera un jour. Après la troisième opération, il est transféré dans une maison de repos où il va croiser d’autres convalescents dont l’un se souvient de lui comme « le garçon du sommeil ». Une vieille connaissance de sa famille, le Dr Weingarten a réussi à se procurer un des écrits du père du garçon qui n’a jamais réussi à se faire publier.

 

A 18 ans, Erwin décide que lui aussi sera écrivain. Pour commencer et se familiariser avec la langue, il recopie des passages de la bible en hébreu à l’étonnement de quelques visiteurs.

 

Au cours d’une conversation avec Pavel, on découvre qu’ils viennent tous deux de la région des Carpates, l’un de Hongrie, l’autre de Roumanie.

 

 

Ce que j’en ai pensé :

 

C’est un livre lourd de sens qui traite de l’importance de ses origines ainsi que celle de donner un sens à sa vie.

 

Comme mon résumé, au début de l’histoire on en sait très peu sur Erwin. On ne sait pas d’où il vient, quelle est son histoire et en particulier pourquoi il est devenu tellement anémique.  On devine que ses parents sont  certainement morts déportés dans un camp de concentration.

 

L’auteur, je pense, nous met exactement dans le même brouillard que celui de son personnage principal qui ne comprend pas vraiment ce qu’il lui arrive. Le thème de la solitude est omniprésente et semble en tout cas salvatrice pour Erwin : elle lui permet d’écrire. L’autre thème est celui de l’amour de l’écriture avec par opposition toute la souffrance engrangée, le manque de reconnaissance incarné par le père du jeune homme. Reste le thème du souvenir.

 

Mais on ressent également la souffrance d’Erwin loin des siens. Il n’est pas le seul dans ce cas. Il reste naïf mais déterminé, plein d’espoir. L’auteur insiste sur ce lien essentiel entre Erwin et ses parents qui lui permet justement de rester lui-même malgré le fait qu’il ait dû apprendre une nouvelle langue. Il est le seul à vouloir exaucer le rêve de son père ou alors c’est ce qu’il imagine.

 

Et puis on ne sait pas trop quel parti prendre avec cette façon qu’a Efraïm de vouloir transformer ces adolescents certes en hommes mais en leur enlevant leur identité. En est pour preuve le suicide de Marc. On dirait qu’ils courent à leur perte. Effectivement, beaucoup d’entre eux seront blessés puis handicapés après des combats et verront leurs rêves se briser. Est-ce que pour autant il n’aurait pas fallu se battre ?

 

J’ai lu cette histoire comme un songe en sachant bien que cette histoire là est bien réelle. C’est le ressenti de ces juifs rescapés mais cassés, exilés qui tentent de se reconstruire dans un nouveau pays dont ils doivent s’approprier la langue. C’est brutal mais à creuser je trouve.

 

 

Sur l’auteur : Né  en 1932, Aharon Appelfeld est considéré comme l’un des plus grands écrivains juifs de notre temps. Il a publié de nombreux romans dont Histoire d’une vie (prix Médicis étranger 2004) ou récemment Et la fureur de s’est pas encore tue (2009). Le livre que je viens de lire semble en partie autobiographique et c’est apparemment également le cas pour ses autres ouvrages.

 

 

Extraits :

 

& Cette nuit-là, la torpeur m’encercla de nouveau. Chaque fois que j’étais envahi par l’angoisse, le sommeil venait à mon secours pour m’envelopper de ses langes et, bien que sa nature se soit modifiée, sa puissance n’avait pas faibli. A certains moments, il m’isolait totalement des autres, et je pouvais être seul avec moi-même.

 

& Les infirmières, rejointes par les médecins, me jetèrent un regard perplexe. J’ignorais encore la gravité de mes blessures. Les mots d’entraînement avaient façonné mon corps en me donnant le sentiment qu’il pourrait affronter tout effort, et même une grave blessure. Je ne savais pas si mes camarades ressentaient la même chose, mais moi, en tout cas, j’étais devenu un bloc de muscles capable de soulever n’importe quelle charge.

 

 

& Après un silence il reprit :

« Sans cette blessure, je serais remonté sur scène après la fin de mon service. Je ressemble maintenant à un oiseau dont une aile est brisée, et sans élan la danse est impossible. Pardon, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Pavel.

- Et moi Erwin, dis-je, en sentant que cet homme était exceptionnel, tout autant que son destin. 

 

 

 

 

 

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Publié dans Vie à Lire moderne

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