Le libraire de Kaboul_Asne Seierstad

Publié le par Ilse

book cover le libraire de kaboulAprès les attentats du 11 septembre, Asne Seierstad, grand reporter, a suivi les offensives des soldats de l’Alliance du Nord contre les taliban. A Kaboul, elle rencontre un libraire, homme élégant, qui l’invite un soir à dîner chez lui. C’est le déclic, elle veut faire un reportage sur sa famille, leur mode de vie. Celui-ci accepte à quelques conditions : tout ne doit pas être dit.

 

La voilà au cœur d’une famille de onze personnes, deux femmes, pleins d’enfants qui vont de l’âge adulte au bébé. Ou plutôt non, sa première épouse vit au Pakistan depuis que Sultan a épousé une adolescente en secondes noces. Il veut que ses fils s’investissent dans son commerce qui marche bien.

 

Lors d’une visite à sa première épouse celle-ci ne tarit pas d’histoires terribles de jeunes femmes battues et dans un cas assassinée parce qu’elles auraient commis un faux pas avec un jeune homme ou auraient eu l’audace de sortir de chez elles. Elles quittent une prison, celle de leur famille pour en retrouver une autre, celle de des leur futur mari. Tout cela se négocie sans que jamais on ne leur demande leur avis.

 

Sur fond de vie quotidienne l’auteure nous explique l’invasion communiste dans les années 70 suivie d’une guerre civile et le régime répressif des moudjahed suivi du pire, celui des taliban.

 

Les filles n’ont pas le droit de sortir de chez elles avant d’êtres mariées ou sans être accompagnées d’un membre de leur famille. Paradoxalement on découvre que beaucoup d’entre-elles très pauvres acceptent les rapports sexuels moyennant de l’argent.

 

L’auteure nous décrit les espoirs naïfs de Mansur, la vie d’esclave de Leïla, le fils cadet qui travaille douze heures par jours dans une librairie près d’un hôtel désaffecté. La pauvreté, la violence, les frustrations, les contradictions, les mauvais plans.  

 

 

Ce que j’en ai pensé : C’est un livre qui secoue parce qu’il nous met face à une réalité. La condition des femmes dans ce pays est à la fois révoltante et décourageante d’autant plus que cette situation semble s’éterniser au fil des générations. La population reproduit sans broncher ce modèle où les femmes sont soumises, peu instruites, simplement nées pour faire d’autres enfants, etc. Et puis l’horreur d’apprendre qu’une famille au nom de l’honneur assassine sa propre fille et fait croire à un accident.

 

Mais pour les hommes ça n’est pas mieux. Peu d’entre eux vont à l’école, beaucoup sont obligés de travailler dès l’enfance. Le temps semble s’être arrêté, brisant toute envie, toute spontanéité.  Avec l’exemple de Leïla je découvre aussi qu’on est notre propre ennemi, en Afghanistan ou ailleurs, à nous d’aller au-delà de ces barrières. La liberté, il faut savoir la saisir mais ça n’est pas évident quand on ne vous l’a pas appris.

 

Enfin, j’admire profondément le sens de l’observation, la discrétion, le courage, la finesse de l’auteure. Le style simple, épuré m’a complètement fait entrer dans cette vie vécue là-bas. Pas toujours agréable d’ailleurs.

 

Un peu plus sur l’auteure 

 

 

Extraits :

 

& Quelques femmes malchanceuses se virent couper le bout d’un doigt ou d’un orteil parce qu’elles avaient enfreint cette loi. La libération des femmes, en ce premier printemps après la fuite des taliban de Kaboul, se cantonne en général aux chaussures et au vernis à ongles, elle n’est pas allée beaucoup plus loin que le bord des burkhas.

 

& Elle n’a jamais, pas une fois, nulle part, été seule. Elle n’a jamais été seule dans l’appartement, elle n’est jamais allée toute seule quelque part, elle n’est jamais restée toute seule quelque part, elle n’a jamais dormi toute seule. Elle a passé chaque nuit sur la natte voisine de celle de sa mère.

 

& Le menuisier se recroqueville par terre et semble désemparé. Il noue ses mains. Elles sont marbrées de milliers de petites et grandes coupures, les cicatrices dessinent des zigzags sur ses paumes. La lumière crue du soleil qui entre par la fenêtre et l’éclaire révèle où couteaux, scies et poinçons ont entaillé la peau. C’est comme s’il était incarné par ses mains non son visage, à présent qu’il regarde mollement les sept hommes dans la pièce.

 

 

 

 

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  Coup de coeur lecture

Publié dans Vie à Lire moderne

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Commenter cet article

George 03/10/2011 11:29



je ne l'ai toujours pas commencé :( !!!!!



Ilse 03/10/2011 18:35



Hou là, il faut t'y mettre, et je te conseille d'alterner avec un autre lecture. Mais ça ne devrait pas être difficile pour toi.



Delphine 02/10/2011 17:10



J'ai lu très vite (je préfère), mais je suis contente de voir que ce livre t'a remuée et plu. Ca va me motiver pour my mettre !!



Ilse 02/10/2011 18:19



Moi c'est au début que j'ai eu un peu de mal, un fois lancée ça va un peu mieux...