Les faux-fuyants_Françoise Sagan

Publié le par Ilse

faux-fuyantsUn beau jour de juin 1940, Bruno Delors, Diane Lessing, Loïc Lhermitte et Luce Ader, issus de la bourgeoisie parisienne, fuient la capitale occupée, à bord d’une Chenard et Walker en direction de Lisbonne, où les attend le mari de Luce. En pleine Beauce, ils se font attaquer à plusieurs reprises par des rafales de Stukas allemands. Leur chauffeur Jean est tué. Ils rencontrent Maurice, un agriculteur du coin qui se fait également blesser. Grâce à lui, le petit groupe trouve refuge dans une ferme tenue par la mère du bel homme, Arlette.

C’est une confrontation entre deux mondes qui ne se passe pas si mal, tous s’adaptent à cette vie nouvelle mais provisoire, sauf Bruno qui finit par quitter le domaine pour essayer de trouver un véhicule et quitter définitivement cet endroit.

Diane se prend presque d’amitié pour Arlette et réciproquement, Loïc, ancien membre du Quai d’Orsay et homosexuel notoire se découvre un tempérament d’un calme qu’il ignorait, quant à Luce, elle semble avoir trouvé en la personne de Maurice l’amant idéal.

Mais toute bonne chose a une fin puisque Meningou leur a trouvé une Delage 1927, qu’ils emprunteront pour rejoindre les Champs Elysées à Paris, en toute discrétion.

 

Ce que j’en ai pensé :

 

C’était difficile de ne pas rigoler durant cette lecture qui n’en finit pas de situations et dialogues cocasses. Françoise Sagan a dû beaucoup s’amuser tout en gardant une distance avec ses personnages. L’auteure a un vrai sens du comique, des quiproquos, des petites œillades en coin, il y a un côté très théâtral. Tout semble exagéré : la dure vie à la campagne, l’idiot du village, les bourgeois collet-montés, mais ils sont sympathiques : pas de mesquinerie, de vulgarité dans les pensées de nos protagonistes. L’action se passe dans un lieu bien précis, presque un huis-clos qui semble en dehors du temps : on n’a plus vraiment conscience qu’une guerre a lieu, que la France est sous l’occupation allemande. Je me suis donc laissée emporter par cette légèreté, c’est vrai, tout en appréciant plus que les autres le personnage de Loïc.

 

AVT Francoise-Sagan 4324Sur l’auteur : De son vrai nom Françoise Quoirez, Françoise Sagan est née le 21 juin 1935 à Cajarc, dans le Lot. Jusqu’à l’âge de cinq ans, elle habite avec ses parents boulevard Malesherbes, à Paris. Réfugiés à Lyon en 1940, ses parents louent jusqu’à la fin de la guerre une maison à Saint-Marcellin, dans le Vercors. En 1945, ils regagnent Paris. Après un bref passage au couvent des Oiseaux, puis au cours Hattemer, Françoise est reçue au baccalauréat en 1951 et s’inscrit à la Sorbonne l’année suivante. En 1954, elle publie son premier roman, Bonjour tristesse qui obtient le prix des critiques et la rend célèbre du jour au lendemain ; cette œuvre – comme d’autres romans de Sagan – sera portée à l’écran en 1957 par Otto Preminger. Françoise Sagan  va se consacrer désormais à la littérature.

Amateur de voitures de « sport », elle a un grave accident automobile en 1957 ; l’année suivante, elle épouse l’éditeur Guy Schoeller (dont elle divorcera en 1960), et achète la maison d’Equemanville en Normandie. En 1962, l’écrivain se remarie avec Robert Westhoff dont elle aura un fils, Denir. Elle divorcera en 1972.

L’œuvre de Sagan aborde plusieurs genres. Romancière, elle est l’auteur de Bonjour tristesse, Un certain sourire, Dans un mois dans un an, Aimez-vous  Brahms…, Les Merveilleux Nuages, La Chamade, Un peu de soleil dans l’eau froide, Des bleus à l’âme, Le Garde du cœur, Un profil perdu, Le lit défait, Le Chien couchant, La Femme fardée, Un orage immobile, De guerre lasse, Un sang d’aquarelle, La laisse. Elle s’est exercée à l’art de la nouvelle (Des yeux de soie, Musiques de scène), a écrit des essais (Brigitte Bardot, Réponses) et a crée pour le cinéma : après avoir été en 1963, l’auteur, avec Claude Chabrol du film Landru pour la télévision, elle réalise en 1974, un court-métrage, Encore un hiver (Grand Prix du court-métrage du festival au New York) et tourne un film en 1975, Les Fougères bleues.

Parallèlement, Françoise Sagan a poursuivi une importante carrière d’auteur dramatique avec : Château en Suède, Des violons parfois, La Robe mauve de Valentine, Bonheur impair et passe, Le Cheval évanoui, L’Echarde, Un piano dans l’herbe, Il fait beau jour et nuit. Elle est également l’auteur d’une biographie très personnelle, Sarah Bernhardt, le rire incassable.

Françoise Sagan a évoqué sa vie et ses rencontres dans Avec mon meilleur souvenir. Elle a obtenu en 1985, le Grand Prix Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre.

 

 

Extraits :

 

& Le visage rouge foncé et gonflé de Bruno faisait peur et gênait : cette laideur subite non seulement le transformait mais le dépersonnalisait, le déshumanisait presque. Il s’appuyait tellement sur son physique dans la vie, il marchait tellement derrière son visage, qu’il semblait d’un coup sans origine, sans passé et, pire, sans avenir…

 

& "Le "j", par exemple, vous poserait des problèmes difficiles. Vous vous imaginez, mon pauvre Bruno... vous vous imaginez disant à votre maîtresse au moment... important... "As-tu 'oui ? As-tu 'oui ? Moi 'ai tellement 'oui ! Et toi ma 'olie, as-tu 'oui ?" Vous feriez un tabac peut-être, sait-on jamais ?

 

& Ce coucher de soleil, la veille, qui l’avait laissé si apaisé, si près du bonheur, n’était une fois de plus qu’une de ces stupides et cruelles impages d’Epinal feuilletées plus jeune mais ignorées depuis longtemps… une de ces images d’Epinal dont il obstruait lui-même, parfois délibérément, avec masochisme, la longue-vue si claire et si honnête, à peine amère, de sa lucidité habituelle.

 

 

 

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Refrain:

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien

Qui ça ?
Nini-Peau-d’chien,

Où ça ?
À la bastille


Elle a la peau douce,
Aux taches de son,
À l’odeur de rousse
Qui donne un frisson,
Et de sa prunelle,
Aux tons vert-de-gris,
L’amour étincelle
Dans ses yeux d'souris.


{Refrain}

Quand le soleil brille
Dans ses cheveux roux,
L’génie d’la Bastille
Lui fait les yeux doux,
Et quand à s’promène,
Du bout d’l’Arsenal
Tout l’quartier s’amène
Au coin du Canal.


{Refrain}

Mais celui qu'elle aime,
Qu'elle a dans la peau,
C'est Bibi-la-Crème,
Parc' qu'il est costaud,
Parc' que c'est un homme
Qui n'a pas l'foie blanc,
Aussi faut voir comme
Nini l'a dans l' sang !

 

Publié dans Vie à Lire Sagan

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