Les mangeurs d'étoiles_Romain Gary

Publié le par Ilse

sans-titre

Quelque part en Amérique latine un convoi d’artistes-saltimbanques de music-hall, cordialement invités par le Général Almayo à se produire dans son pays, est subitement arrêté en cours de route par un des bras droits du Général, le Capitaine Garcia, qui reçoit pour ordre de les fusiller. Dans le groupe se trouvent également la mère du Général, son ancienne petite amie américaine et le célèbre prédicateur, le Dr Horwat.

 

Le Général Almayo est arrivé au pouvoir nourri par sa haine de ses semblables, des indiens Cujons et le mépris des espagnols. Il admire Hitler qui semble être pour lui le modèle absolu mais presque autant les prestidigitateurs qui se produisent partout dans le monde. Il rêve également de rencontrer le fameux illusionniste « Jack » qui semble s’évaporer dans la nature à chaque fin de représentation comme pour échapper à un quelconque poursuivant.

 

Comme tout despote, il a des ennemis qui souhaitent le renverser et une révolution est en marche.

 

 

Mon avis :

 

C’est une histoire qui aborde entre autres le thème du pouvoir et son côté pervers, de la religion et ses dérives, les illusions dans lesquels les personnages principaux se bercent. Par exemple, le Général Almayo, d’un cynisme et d’une cruauté absolue, réalise qu’il ne peut être respecté que par la terreur. La misère de la population indienne et espagnole attise son mépris alors que paradoxalement les seuls divertissements qui semblent encore le toucher sont les tours de magie de ses hôtes du music-hall.

 

La petite amie américaine du général m’a tout de suite rappelée Jean Seaberg par sa description physique : blonde, jolie, les cheveux courts, bercée d’illusions elle aussi d’un monde meilleur. Croyante jusque dans la caricature, elle représente l’antithèse du Général dont elle est éperdument amoureuse. Sa dévotion ne l’empêchera pas elle non plus de courir à sa perte.

Après plusieurs jours d’enlèvement et de cavale, le Dr Horwat semble quant à lui retomber sur ses pattes.

 

D’après ce que j’ai pu lire, les étoiles auxquelles l’auteur fait allusion représentent les fleurs de pavot ou autres plantes (je ne suis pas spécialiste) que l’on utilise à la fabrication des principales drogues : ces plantes que beaucoup de sud-américains mâchent toute la journée pour oublier leur misère. J’ai pensé aussi aux étoiles du drapeau américain, pays omniprésent dans le livre puisqu’il sert également d’alibi au Général dans sa conquête du pouvoir.

C’est donc un roman assez lourd, très réaliste et cynique sur la manipulation de tout un pays à la fois miséreux économiquement mais, et il ne faut pas l’oublier, intellectuellement.

 

 

romain garySur l’auteur : je vous invite à aller voir ou .

 

 

Extraits :

 

& L’idée d’un homme réduit à se tenir en équilibre sur la tête, les pieds en l’air, pour « percer » et s’imposer à l’attention du monde en jouant dans cette position de la grande musique devant un public de boîte de nuit le déprimait singulièrement. A vrai dire, il était consterné.

 

& Comprenons-nous bien : ce n’est pas moi qui fais exécuter des Américains innocents. Ce sont… l’armée rebelle et la populace excitées par les agents provocateurs castristes ainsi que le « nouveau » gouvernement de Santa Cruz. Elles se sont emparées de quelques amis américains de José Almayo qui venaient d’arriver dans le pays et les ont fusillés sur-le-champ.

 

& Je vous comprends fort bien. Je suis, du reste, en tant qu’humaniste, entièrement d’accord avec vous : l’homme est plus que ce qui lui arrive. L’homme est plus que ce qu’il fait. Rien ne peut le souiller, ni les camps de concentration, ni la misère, ni l’ignorance. Il reste toujours propre. Elle reste toujours propre et pure, la figure humaine.

 

 

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Publié dans Vie à Lire moderne

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flou 11/06/2012 14:38


j'ai adoré ce livre, tellement Romaingarysant! Il y a tout, un récit palpitant. un sens de la dérison toujours présent, des personnages parfaitement campé, un imaginaire débordant... un très bon
livre!

Ilse 11/06/2012 20:01



Je ne connaissais pas l'expression "Romaingarysant". Tu as raison, c'est un excellent bouquin et j'ai hâte de découvrir d'autres ouvrages de lui.