Lire Lolita à Téhéran, de Azar Nafisi

Publié le par Ilse

Mes lectures LolitaenIran

 

La richesse de ce récit me saute aux yeux dès les premières pages. Madame Azar Nafisi a été professeure de littérature en Iran à l’Université d’Allameh Tabatabai.

 

Après avoir démissionné, celle-ci décide de créer un groupe de lecture composé de sept étudiantes qu’elle a choisies. Elles se rejoignent tous les jeudis matin. Azar Nafisi décrit avec beaucoup de tendresse la personnalité de chacune d’entre-elles. Ce séminaire leur permet de parler librement à la fois des livres étudiés (Lolita, Gatsby le magnifique, Orgueil et préjugés, ect.) mais également de leurs vies personnelles.

L’auteure nous explique bien la période post-révolutionnaire en Iran (c’est une bonne suite de la biographie de Farah Pahlavi par exemple, à lire absolument !), les persécutions, assassinats, revendications et la perte totale des droits des femmes avec notamment le retour au port obligatoire du voile. Entre-temps c’est aussi la guerre Iran-Irak ce qui n’empêche pas les gens au pouvoir de continuer à imposer leur régime avec tout autant de véhémence.

Du coup, la population civile est très peu protégée. Face à la colère, le désespoir et la résignation qui en résultent, les romans représentent aussi d’une certaine façon des échappatoires à la réalité morbide environnante.

D’après « le magicien » il ne faut pas mettre tous ses malheurs sur le dos de la République islamique et apprendre à être heureux malgré tout. Après de longues concertations avec son mari, la décision est prise : il faut quitter l’Iran.

 

 

A l’heure où une certaine Sakineh est à deux doigts de se faire lapider, (conf : http://laregledujeu.org/2010/08/20/2636/lettres-a-sakineh/) on voit bien, malheureusement, que l’Iran n’est pas prêt de sortir de son fanatisme religieux, justifiant d’une barbarie toujours renouvelée au nom d’une soi-disant morale suprême…

 

C’est un livre touchant, essentiel : un pays où il est interdit d’exprimer ses sentiments, d’aimer, de s’aimer soi-même ? Franchement, quel type de population peut émaner de tout ça ?

 

 

Extraits :

 

§ Dans la République islamique, le métier de professeur dépendait, comme tous les autres, de la politique, et il était l’objet de règles arbitraires. Le plaisir d’enseigner était toujours gâché par les diversions et considérations que le régime nous imposait, le souci principal des représentants officiels de l’université n’étant pas le travail de l’élève, mais la couleur de ses lèvres ou le potentiel subversif d’une mèche de cheveux.

 

 

§ Avez-vous eu l’impression, comme mes étudiantes, que le mal présent dans les actes et les émotions de Humbert est d’autant plus terrifiant que cet homme affiche l’attitude d’un époux normal, d’un beau-père normal, et même, tout simplement, d’un être humain normal ?

 

 

§ Pendant ces quelques heures précieuses, nous étions libres de parler de nos chagrins et de nos joies, de nos handicaps et de nos faiblesses personnelles. Nous abdiquions toute responsabilité envers nos parents, notre famille, nos amis, et la République islamique. Nous exprimions ce qui nous arrivait avec nos mots à nous, et nous pouvions pour une fois nous voir selon l’image que nous avions choisie de nous-mêmes.

 

 

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Coup de coeur lecture

 

Publié dans Vie à Lire moderne

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