Romain Gary_Dominique Bona

Publié le par Ilse

Lecture GaryNice, début des années 30. Il est jeune, il est beau et élégant avec un physique tel qu’on l’imagine venu de Turquie ou plus loin encore.  Sa mère Nina, russe, le choie et le prépare à un bel avenir. Romain Kacew n’a pas de père. Il s’en invente un ou choisit plutôt le célèbre acteur Ivan Mosjoukine comme son géniteur d’autant qu’ils se ressemblent.

 

Brillant en français, il écrit énormément dans sa grande chambre d’hôtel tout en se persuadant que dans un pays comme la France il pourra prétendre aux plus hautes fonctions. Il se passionne pour la philosophie.  Etudiant en droit à Paris, il envoie régulièrement ses écrits à l’hebdomadaire parisien Gringoire et fait croire à sa mère qu’il est régulièrement édité.

 

Durant la guerre, il apprend à devenir pilote mais participera que rarement aux batailles. Il échappe néanmoins plusieurs fois à la mort par miracle. Il poursuit ses écrits inspiré par les paysages secs, désertiques de l’Afrique. Il croise par hasard un certain Général de Gaulle devant lequel il fait une sorte de revue cabaret déguisé en femme.

 

De retour en Angleterre, décoré, il rencontre Lesley Blanch avec qui il se marie en 1944. De par ses alliances gaullistes, il est nommé diplomate en Bulgarie, pays où l’on meurt de faim. Entre-temps a été publié son premier roman, Education européenne, qui rencontre un vif succès outre-manche. Il devient enfin célèbre.

 

Après un séjour de 18 mois à Berne rempli d’ennui, le couple s’installe aux Etats-Unis où Romain Gary, devenu un membre de l’ONU, multiplie les interventions dans la presse au nom de la France et de l’Europe. Malgré sa haine des Allemands, il est un européen convaincu.

 

En 1956, à son nouveau poste de chargé d’affaires à La Paz en Bolivie, il apprend à la surprise générale qu’il a reçu le Prix Goncourt pour son roman Les racines du ciel.

 

Il est nommé Consul Général de France à Los Angeles. Devenu très célèbre, il mène une vie mondaine : il renconte de grandes stars de cinéma tels que Marylin Monroe, Gary Grant, Maurice Chevalier. Mais il reste inexorablement fidèle à l’écriture. Il prend la défense du Gal de Gaulle face à son impopularité croissante dans le pays.

 

Il tombe amoureux de l’actrice Jean Seaberg plus jeune que lui de vingt ans. Mariés tous les deux, ils filent malgré tout le parfait amour. Avec la parution de La promesse de l’aube, Romain Gary est célèbre jusque dans les magazines féminins. C’est le début des années soixante. Avec sa vie de bohème, il ne convient plus à la diplomatie française qu’il finit par quitter avec regret pour rejoindre les plateaux de cinéma. Il n’apprécie que moyennement les quelques films adaptés de ses romans.

 

Lui et Jean ont un fils. Il sera également son metteur en scène pour deux films. Ils se séparent au début des années 70 juste après la mort du Général de Gaulle qui sonne comme la perte d’un second père pour Gary. Selon lui, Jean s’est trop investi dans la cause des noirs durant la vague de racisme qui éclate aux Etats-Unis ce qui lui inspirera l’écriture de Chien blanc. Jean perd prématurément leur second enfant.

 

Gary voyage, parcourt le monde, s’improvise reporter pour quelques magazines. Il veut renaître sous une nouvelle identité. Il choisit pour cela son neveu, Paul Pavlowitch, qui prendra sa place sous le nom d’Emile Ajar. Et ça marche : il obtient illégalement un deuxième prix Goncourt pour La vie devant soi. Durant plusieurs années, la supercherie fonctionne à merveille au détriment de la santé de son interprète.

 

Dévasté par la mort d’André Malraux suivie de celle de Jean Seaberg, il met fin à ses jours le 2 décembre 1980.

 

 

Ce que j’en ai pensé :

 

Quelle vie ! Et comment la qualifier ? Miraculeuse, magique, terrible, formidable, folle : passionnante. Incroyable parce qu’il réalise les vœux de sa mère. Qui peut prétendre réaliser les souhaits de ses parents s’ils en ont ?

En voulant se divertir lui-même, on est diverti en lisant cette bio parce que c’est une vie tout sauf ennuyeuse. Et pourtant, il fut souvent  maussade, bougon ou blasé.

Je ris en l’imaginant aller s’installer dans le terrier des ours du zoo de Berne, écrire sa lettre aux autorités françaises pour faire croire qu’il est devenu fou ou encore la façon dont il répond, sûr de lui, aux américains quant ils s’attaquent à la politique française. A me demander ce qu’il va nous inventer la prochaine fois. C’est à la fois drôle et touchant puisqu’il montre aussi sa fragilité.

 

Je l’aime moins dans son rôle de manipulateur, tout simplement parce que des gens en souffrent, même s’ils acceptent de jouer le jeu.

 

Ses écrits sont nettement inspirés de sa vie. Etre écrivain lui permet selon moi de prendre cette distance nécessaire par rapport à ce qu’il vit notamment en politique. Jamais il ne se repose sur ses lauriers, il reste toujours conscient de la réalité. Son métier de diplomate l’inspire dans son écriture et vice versa ce qui lui permet de rebondir soit dans un domaine soit dans l’autre. Il semble toujours en avance sur son temps et en même temps un peu décalé.

 

Cette intelligence liée à la faculté de ne jamais se prendre au sérieux ajoute au charme du personnage qu’il se construit. On s’y attache, c’est vrai. Une belle biographie.

 

 

 

Sur l’auteure : Née  en 1953, Dominique Bona est agrégée de lettres modernes.  Elle a été journalise et critique littéraire au Quotidien de Paris puis au Figaro littéraire. Elle a surtout écrit des biographies notamment sur Stefan Zweig, Berthe Morizot (j'ai lu!) ou Clara Malraux.  Elle a reçu le prix Renaudot en 1988 et en est membre depuis 1999.

 

 

Extraits :

 

& Le climat raciste de Varsovie va lui donner pour toute sa vie la haine de l’injustice et des préjugés, qu’ils soient de race ou de classe : juif pauvre, dans la Pologne conquérante des années vingt, il apprend à ne compter sur personne, sinon sur sa propre force, pour se tirer du pétrin.

 

& Diplomate mais aussi écrivain, consul et vedette, il joue deux rôles à la fois, avec un art de la composition qui est chez lui un talent inné et qui lui vient d’une petite actrice du théâtre de Moscou ou peut-être d’un grand acteur de cinéma russe, de Nina Kacew ou d’Ivan Mosjoukine.

 

& Gary qui hait les ghettos aura toujours refusé de se laisser enfermer avec d’autres dans le ghetto de la judaïté. « Toute mon œuvre, a-t-il expliqué à Richard Liscia pour les lecteurs de L’Arche, est la recherche de l’humain fondamental, de l’humain essentiel. »

 

 

 

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 Un autre extrait, du film La vie devant soi :

 

 

 

C'était ma participation au challenge de Delphine : 

 

 romaingary0

 

Publié dans Vie à Lire moderne

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dame skarlette 25/10/2011 16:50



Merci pour ce beau beau post très intéressant sur romain gary et puis la fin la vie devant soit j'adore. Belle journée



Ilse 26/10/2011 13:45



Merci pour ton passage.



Delphine 23/10/2011 21:07



Un sacré personnage n'est-ce pas ? C'est intéressant car j'ai lu d'autres choses sur certains aspects de sa vie (comme quoi mêmes ses biographes ne sont pas forcément d'accord entre eux). Il a
gardé du mystère jusqu'au bout !



Ilse 26/10/2011 13:45



Il aimait bien jouer avec le mystère je crois, être un peu inatteignable.