Ru_Kim Thuy

Publié le par Ilse

RuNguên An Tinh est née à Saigon en pleine révolution communiste. Elle s’exile avec sa famille à l’âge de dix ans. Un long voyage en bateau les amène à Rach Gié en Malaisie dans un camp de réfugiés. Y règnent la misère, la saleté et la promiscuité.

 

Ils arrivent finalement au Canda à Granby. La jeune fille découvre un monde totalement nouveau, où l’accueil est presque trop chaleureux et la nourriture trop étrangère. Ses parents s’adaptent en travaillant en tant que femme de ménage, homme à tout faire. L’important est l’avenir de leurs enfants, quatre en tout.

 

L’auteur/narrateur se remémore son passé au Viet Nam, notamment sa cousine Sao Mai, du même âge qu’elle, dont elle raconte qu’elle était « l’ombre ». Son effacement à elle, sa timidité. Elle évoque aussi le père de celle-ci qui sait traiter sa fille comme une princesse…

 

Nguên An Tinh qui n’aime pas être envahie par des sentiments trop forts comme l’amour, la passion est aujourd’hui une maman comblée de deux garçons.

 

Ce que j’en ai pensé :

 

L’auteure évoque un passé trouble avec beaucoup de finesse, c’est un livre agréable à lire ! Des phrases très fortes, très simples remplissent ce récit : « D’avance, je suis vaincue, dénudée, vaine », en parlant de l’autisme de l’un de ses fils. Elle dit l’importance qu’un regard peut avoir dans une vie en évoquant ses parents : « Mes frères et moi, nous avons ainsi marché dans les traces de leur regard pour avancer », « J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont pu préserver leur regard, peu importe la couleur du temps, du moment ». L’importance aussi des amies quand on arrive dans un pays étranger, j’ai un peu connu ça personnellement en arrivant en France vers l’âge de huit ans…

 

Il s'agit pour moi d'une autobiographie, un peu romancée, mais bizarrement signée d’un autre nom que celui de l'auteure, je me demande pourquoi.

 

L’histoire est composée d’une suite de petits récits, j’ai trouvé cela original et comme dit plus haut, plutôt agréable.

 

C’est un très beau témoignage, paradoxalement tout en délicatesse, d’une vie qui commence très durement et la réussite au bout, la possibilité de constituer un lien entre deux cultures tellement différentes une fois à l’âge adulte.

 

J’ai trouvé cette femme très attachante. Un livre coup de cœur.

 

 

Quelques mots sur l’auteure : Ru est son premier roman qu’elle a écrit à quarante ans. C’est apparemment le premier d’une série de trois : les deux autres sont à écrire. "Ru est le roman de mes origines, un livre qui s'articule autour du mot survivre. Mon deuxième livre sera autour du mot vivre, et mon troisième, autour du mot aimer. Tu ne peux pas aimer pendant que tu essayes de survivre, ni même pendant l'apprentissage du mot vivre." De nationalité canadienne, elle écrit directement en français.

Une très belle interview là : http://www.evene.fr/livres/actualite/kim-thuy-ru-boat-people-vietnam-quebec-2530.php

 

 

Extraits :

 

& Je me demande si je ne l’ai pas inventée, cette amie. J’ai rencontré beaucoup de gens qui croient en Dieu, mais moi je crois aux anges. Et Johanne en était un. Elle faisait partie d’une armée d’anges qui avaient été parachutés sur la ville pour nous donner un traitement de choc.

 

& Je dois attendre encore quelques années avant de pouvoir lui rapporter qu’en d’autres temps, d’autres lieux, l’amour d’un parent se révélait dans l’abandon volontaire de ses enfants, comme les parents du Petit Poucet.

 

& Avec cet ami, j’ai appris que la musique provenait de la voix, du rythme et du cœur de chacun, et que la musicalité de ces mélodies non notées pouvait soulever le rideau de la brume, traverser les fenêtres et les moustiquaires pour venir nous réveiller doucement telle une berceuse matinale.

 

 

 

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Je suis très attachée à ce livre, mais s’il vous intéresse, je suis prête à lui donner des ailes et le faire « voyager ». Envoyez-moi votre adresse par mail.

 

Coup de coeur lecture

Publié dans Vie à Lire moderne

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